Sur la trace des chimpanzés

Mis à jour : juil. 9

Amoureux de la faune africaine et des grands singes, nous avions le projet depuis des années d'aller observer les chimpanzés dans leur biotope, au cœur de la forêt équatoriale, un rêve que nous avons pu réaliser lors de notre dernier voyage en Ouganda. Cela a eu une résonance particulière pour nous, puisque nous sommes passionnés par les origines de l'Homme, l'art préhistorique et ses liens profonds avec la nature et les animaux.


L'Ouganda

Pour présenter rapidement l'Ouganda, nous dirions qu'il fait partie des plus beaux pays d'Afrique. Churchill l'avait surnommée "La perle de l'Afrique". Il a parfois des airs de paradis perdu...

Ouganda - Murchison Falls

Situé sur l'immense continent africain, entouré par la RDC (République démocratique du Congo), le Kenya, le Rwanda, le Soudan et la Tanzanie, l’Ouganda fait partie de ce que l'on appelle l'Afrique des Grands Lacs.

Une grande partie du territoire est couverte d’une épaisse forêt luxuriante et 25% est couvert d’eau grâce au dense réseau hydrographique qu'il abrite. Le sud possède un grand littoral sur le vaste lac Victoria. Sans oublier les montagnes, dont le plus haut sommet s’élève à 5119 mètres d’altitude (pic Margharita).

La capitale du pays, Kampala, compte 4 millions d'habitants.

Il faut savoir également que plus d’un Ougandais sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

C'est un pays qui conserve donc pour l'instant quelques forêts primaires préservées mais menacées, nous y reviendrons.

L'Ouganda est le refuge des derniers chimpanzés communs (Pan troglodytes), classés "En Danger" sur la Liste Rouge de l'IUCN.

Nos différentes excursions et observations se sont donc polarisées sur la forêt de Kibale, et surtout sur celle de Budongo, moins connue et ensorcelante.


La Réserve de Budongo

La réserve forestière de Budongo est la plus grande forêt naturelle en Ouganda, avec une superficie totale d’environ 825 km2 dont 430 km2 de forêt continue. Elle est située au nord-ouest du pays, à l'ouest de Masindi, entre 1100 et 1600 m d'altitude, au sommet de la faille Albertine qui fait partie de la vallée du Grand Rift, et se situe aux limites du Parc National de Murchison Falls.


Arrivée forêt de Budongo

C'est une forêt tropicale humide, gérée par la National Forestry Authority (NFA). La Réserve a été officiellement créée en 1932.

Budongo offre une biodiversité extrêmement riche comprenant 24 espèces de petits mammifères, 9 espèces de primates et 280 papillons. Avec 465 espèces de plantes, la réserve est également réputée pour ses acajous séculaires pouvant atteindre 80 mètres ! Environ 360 espèces d'oiseaux sont répertoriées dans la zone totale, y compris le rare Illadopsis de Puval, endémique de la région.

Les quatre principales menaces à la flore et à la faune uniques sont la chasse au piège, la pression humaine (réduction du territoire sauvage), la collecte excessive de produits forestiers et l’abattage illégal.

Le seul hébergement de cette région est un éco-lodge. Il est situé au cœur de la forêt pluviale.


Budongo Ecolodge

Afin de minimiser l'impact sur l'environnement et de préserver la biodiversité et les écosystèmes toute l'électricité est solaire et permet de fournir de l’eau chaude aux douches et dans la cuisine. Les eaux de pluie sont soigneusement collectées et stockées, ce qui suffit à alimenter l’ensemble du lodge en eau. Dans toutes les "cabines" les douches sont limitées et les toilettes à compost. Tous les déchets sont triés et les déchets de cuisine et de jardin sont compostés. Le bruit et l'éclairage sont limités au maximum. Les employés font partie de la population locale et ils sont formés à la préservation de l'environnement. L'achat des produits alimentaires frais se fait auprès des agriculteurs locaux. Les femmes de la région participent à la vente d'articles d'artisanat.


Sur la trace des chimpanzés

Pour aller à la rencontre des chimpanzés, nous avons choisi ce que les guides appellent en anglais l'«habituation». L'avantage de cette approche est que nous sommes inclus dans la démarche scientifique d’accoutumer des groupes de chimpanzés à la présence humaine pour les étudier par l'observation, ce qui consiste à approcher les primates sans les déranger, en suivant leurs déplacements au fil de la journée. La durée de la recherche dépend de la localisation des primates ; elle est donc très variable. Comme les chimpanzés sont à l’état sauvage, il n’est pas garanti à 100% de les voir et on ne peut pas estimer après combien d’heures de marche on pourra les apercevoir. Cette approche permet de rester entre 8 à 12 heures dans la forêt.

La seule zone de la forêt de Budongo accessible aux observations est celle de Kaniyo Pabidi. Entre 600 et 700 chimpanzés peuplent la forêt dans son ensemble, mais seule la communauté de chimpanzés de Kaniyo Pabidi a été accoutumée à la présence de l'homme, dans un but d'étude et de conservation. Cette communauté est composée d'environ 80 individus, divisée en sous-groupes variables selon les alliances.

Le départ se fait aux aurores vêtus de manches longues et de guêtres pour évoluer dans la forêt, avec un guide et un pisteur qui connaissent parfaitement ce territoire bien particulier.

Rapidement c'est l'obscurité. Nos yeux doivent s'habituer à la pénombre de la forêt. La végétation est anarchique et exponentielle, les arbres gigantesques. Les lianes et les insectes grouillent.


On entend au loin les cris perçants des chimpanzés qui résonnent sur des kilomètres, emplissent et dominent toute la forêt.



Nous nous battons avec la végétation luxuriante, les feuilles nous fouettent le visage, mais nous accélérons le pas car nous sommes impatients de les voir. Un sentiment d'appréhension nous envahit : vont-ils supporter notre présence ? Quelle sera leur réaction ? Soudain les cris retentissent à nouveau, tout près. Frissons. Ils communiquent entre eux ! Ce n'est pas de la peur mais un sentiment étrange, difficile de mettre des mots sur ces sensations. Nous nous sentons tous petits, écrasés par la puissance des cris, et surtout... fragiles et inadaptés !

Notre excitation est à son comble lorsque nous les apercevons pour la première fois. Le pisteur nous fait signe d'arrêter, nous demande de nous déplacer doucement et lève le doigt vers les arbres pour nous montrer notre premier chimpanzé à travers branches et feuilles. Ils sont là !



Nous en apercevons un deuxième, puis un troisième, c'est toute une famille dispersée dans un figuier géant en pleine séance de repas. Les larmes nous montent aux yeux. Un sentiment de joie profonde nous envahit ! Quelle chance aussi d'être là, parmi eux... Ce sont des instants extrêmement privilégiés.



Les singes sont actifs et vont très vite, pour tenter de les suivre nous montons, nous descendons, nous remontons et nous redescendons des pentes très raides (et parfois très glissantes). Ils nous sèment en un rien de temps. Ils sont totalement adaptés à ce milieu difficile et se déplacent avec une vitesse et une aisance déconcertantes, que ce soit au sol ou dans les arbres. De notre côté, nous nous enfonçons encore plus loin dans les racines, les enchevêtrements de plantes, les cohortes de fourmis et autres insectes.

Nos pieds butent sur les immenses racines, les ronces nous griffent les jambes ou s'accrochent à nos vêtements, les lianes, les branches basses et les petits arbres souples sont autant d'obstacles à franchir.

Chaque chimpanzé a besoin d'un kilomètre carré d'habitat de haute qualité pour disposer des ressources nécessaires à sa survie. Ils parcourent ainsi de longues distances sur le sol à la recherche de fruits de saison disséminés dans la forêt. Ils se déplacent alors en marche ou course quadrupède, dans un mouvement appelé "knuckle walking" (le poids sur les jointures des mains). 11 types de déplacements différents peuvent être observés, allant de la marche quadrupède à la brachiation, en passant par le galop et la marche bipède par exemple. Les déplacements des chimpanzés sont dictés par divers facteurs environnementaux et sociaux comme la recherche de nourriture et d'eau, la présence de prédateurs, la disponibilité de femelles ainsi que la taille et les déplacements des communautés voisines.



Reprise de la marche, et nous voyons un deuxième sous-groupe de chimpanzés qui mangent dans les arbres à 20 mètres de hauteur environ, à peine visibles dans les branchages denses de la forêt. On arrive à passer entre les pipis et autres petits cadeaux de bienvenue pour se rapprocher d'eux sans faire de bruit. Notre émotion est à son comble et les coeurs tapent plus fort dans la poitrine.



Les chimpanzés passent le plus clair de leur temps à la recherche de nourriture. Leur régime alimentaire est composé à 70% de fruits. Ils aident à régénérer la forêt avec les graines contenues dans leurs excréments. Egalement beaucoup de temps est consacré au toilettage : il aide à éliminer la saleté et les parasites mais sa véritable importance réside dans le fait qu'il renforce les amitiés et réduit les tensions entre les membres du groupe.

Nous repérons un jeune chimpanzé et une femelle avec un bras atrophié, une blessure due au braconnage par piègeage. Elle a appris à se débrouiller sans sa deuxième main pour survivre. Sa capacité d'adaptation nous saute aussitôt aux yeux malgré son handicap.


Les chimpanzés ont une longue vie, certains individus atteignant plus de 40 ans. Comme les humains, ils grandissent et mûrissent lentement. Les femelles ont généralement leur premier bébé à l'âge de 10 ans et ne peuvent plus se reproduire avant 3 à 4 ans du fait du long apprentissage à transmettre à leur jeune. Ceux-ci restent avec leur mère pendant 9 à 12 ans avant de pouvoir devenir indépendants. C'est le temps nécessaire à leur apprentissage. Les femelles sont des mères attentionnées. Elles organisent des jeux de chatouilles avec leurs petits et surtout leur enseignent les règles complexes de la société et leur transmettent la culture de la communauté (souvent spécifique à chacune).

Après des échanges variés et des séances d'épouillage, le groupe commence à fabriquer les nids dans les hauteurs des arbres pour faire la sieste. Ils utilisent des branches et du feuillage. Pour les repérer il faut avoir un œil attentif, car depuis le sol où nous nous tordons le cou, ils semblent souvent n'être rien de plus qu'une énième touffe dense de feuillage dans le couvert forestier. Un petit jeune de deux ans qui s'ennuie lorsque les adultes s'endorment nous regarde, s'agite, revient nous observer, repart. L'échange de regards vient de lui, nous piquons sa curiosité et en même temps il se méfie. Nous osons à peine respirer tant que la magie dure. Puis il se décide à se fabriquer un nid lui aussi, calmement, méthodiquement, avant de s'y installer pour une heure ou deux.


Les arbres fournissent non seulement une variété de fruits, des endroits pour construire des nids mais offrent aussi des voies d'évacuation en cas de danger. La force incroyable de leurs membres permet aux chimpanzés de grimper facilement et de se déplacer très rapidement d'un arbre à l'autre.

Nous restons de longues heures avec eux, soit dans le calme des siestes soit à nous déplacer sans cesse. Mais toujours debout à cause des insectes et serpents au sol, sur les souches ou les troncs d'arbres.


Les chimpanzés partagent 98,4% d'ADN avec les humains, ce sont nos plus proches parents vivants sur Terre avec les bonobos ! Les voir évoluer ou interagir est tout simplement émouvant et fascinant.

Les comportements que nous pouvons observer sont très variés. Les chimpanzés vivent dans des sociétés complexes, résolvent des problèmes complexes, fabriquent et utilisent des outils, s'engagent dans des interactions sociales élaborées, font de la politique, créent et défont des alliances et communiquent par le biais de divers sons et gestes (66 gestes différents sont identifiés) dont certains proches de l'humain, comme ceux de "l'invitation" ou les preuves d'empathie et de consolation.


Nous retrouvons à travers eux un petit morceau de nos lointains ancêtres. Le sentiment que l'on peut ressentir en leur présence est difficile à expliquer. Nous les sentons si proches de nous !

C'est une trace de notre humanité que nous voyons en eux. L'harmonie avec leur milieu et leur intelligence forcent le respect.

Entre les périodes de forte activité et de nourrissage des pauses s'installent, où grands et petits font la sieste ou alors nous observent. Nous avons eu la chance de passer du temps avec l'un des mâles dominants d'un sous-groupe, la majorité du temps calme et pensif, et qui nous a gratifiés de regards d'une profondeur et d'une intelligence incroyables. Durant de longues minutes nous croisons son regard troublant et parfois inquisiteur. Il semble réfléchir. Que se passe t-il dans sa tête ? Nous juge t-il ? Comment nous perçoit-il ? Jamais nous ne le saurons mais ces moments furent précieux pour nous, et inoubliables.


C'est pour transmettre ces moments de partage et d'échanges exceptionnels que nous voulons photographier. Pour transmettre le respect que nous devons à des espèces merveilleuses, uniques, intimement liées à leurs écosystèmes.

Nous sommes au pied d'un arbre immense et nous observons toute une famille. Nous sommes depuis un moment plongés dans une espèce de béatitude, partagée entre quelques prises de vue et la sérénité du groupe. Soudain des cris violents éclatent, brisant le calme. Nous sursautons. Les branches s'agitent violemment, des feuilles tombent au sol, un fracas de craquements envahi toute la forêt. Nous ne voyons absolument rien ! Il doit s'agir d'une altercation entre deux mâles et le vacarme est impressionnant. Un chimpanzé détalant à quatre pattes surgit à quelques mètres de nous, poursuivi à une vitesse fulgurante par un deuxième en pleine course bipède, tous les poils hérissés. Il transporte une énorme branche de 2 à 3 mètres de long comme si c'était une brindille, faisant ainsi étalage de sa force colossale et prouvant une position de dominant. Surpris, nous avons juste le temps de prendre 2 ou 3 images à la volée. Malheureusement les conditions de lumière étant très difficiles dans la pénombre de la forêt, le résultat est flou...



Toutes les images ont été réalisées dans des conditions de lumière extrêmement faibles, pour exemple f/2,8 ou f/4, souvent 1/60s avec 3200 à 6400 ISO !

Texte et photos : Véronique & Patrice QUILLARD

http://patricequillard.blogspot.com/

https://www.instagram.com/v.p.quillard.photos/

LES GRANDES MENACES QUI PESENT SUR LES CHIMPAZES


1. Destruction et dégradation de l’habitat

Pratiques traditionnelles de culture, sur brûlis : les populations coupent les arbres, brûlent le bois, et cultivent la terre totalement défrichée pour une période d’un à deux ans. Ensuite, la parcelle ne produisant plus, ils recommencent ailleurs. Les terres laissées derrière le passage de l’homme sont épuisées et mettront des années à se régénérer.

Plantations commerciales : palmiers à huile, café, cacao, bananes, etc… qui détruisent les forêts.

Exploitation du bois, légale ou illégale : la notion de légalité reste malheureusement floue et les contrôles effectifs des zones de coupes, des quantités coupées sont quasiment inexistants. L’exploitation illégale du bois est une pratique malheureusement courante en Guinée et dans bon nombre de pays africains. Elle est le fait de particuliers locaux, qui abattent anarchiquement les arbres, ou bien de grosses compagnies (étrangères) qui mènent une destruction massive, totale et irréversible de la forêt.

Feu de Savane : L’abattage total pratiqué par les grosses compagnies se traduit souvent par des « coupes à blanc ». Cette pratique crée des déserts, interdit toute reproduction des arbres et entraîne des phénomènes d’érosion massifs qui perturbent l’écosystème à très grande échelle (ensablement des lagunes, des rivières…). L’installation de grandes compagnies d’exploitation du bois ouvre aussi des routes au cœur de forêts jadis inaccessibles. Le braconnage dans la zone est alors plus facile et la viande de brousse est très souvent sortie de ces forêts sur les camions de bois des compagnies forestières.

Les mines, les exploitations de pétrole et de gaz : elles conduisent aussi à une forte dégradation des milieux. Même si certaines compagnies s’efforcent de respecter un cahier des charges souvent contraignant, d’autres ne montrent pas autant d’égards à ce problème, vu le faible nombre voire l’absence de contrôles. Les conséquences à long terme sur l’environnement sont multiples : destruction de l’habitat, pollution des sols et de l’eau (nappes phréatiques, cours d’eau), impact sur la géographie des sites exploités et érosion.

En Ouganda, le méga-projet pétrolier de Total dénommé Tilenga menace directement les chimpanzés de la forêt de Budongo.

2. Braconnage

La chasse dite « familiale », pratiquée à petite échelle pour nourrir un village. Son impact global est limité en quantité mais bien souvent la notion d’espèce menacée reste un concept abstrait pour les chasseurs qui tueront aussi bien un céphalophe qu’un pangolin. Les périodes de chasses, qui existent dans les textes de loi, ne sont que très rarement respectées, perturbant ainsi la reproduction et donc la survie à moyen terme des populations.

La chasse dite « commerciale » vise, elle, à alimenter les marchés de viande de brousse (grandes villes), à fournir les amateurs de « trophées » (peau, ivoire, crâne…) et à entretenir le commerce des animaux vivants. L’exportation illégale d’animaux exotiques vivants est une triste réalité, et son impact est d’autant plus grand que le pourcentage d’animaux survivant au « transport » est très faible, avec pour conséquence directe une nécessité de capturer un grand nombre d’animaux pour que suffisamment restent en vie. La chasse commerciale est souvent pratiquée à grande échelle, avec des armes de guerre et les dégâts sur la faune sont très importants. C'est une activité très lucrative et toujours très active. Les bébés chimpanzés, capturés après que leurs parents ont été tués, sont donc un sous-produit du braconnage. Beaucoup de ces bébés meurent avant même d'avoir été recueillis. La plupart de ceux qui survivent sont vendus comme animaux de compagnie. Mais garder un chimpanzé en captivité devient vite problématique à la fois pour l'animal et pour l'homme. Ils sont donc souvent attachés, mal nourris et battus. Certains ont la chance d'arriver dans un sanctuaire, comme celui de HELP Congo ou de Sanaga-Yong au Cameroun soutenu par l'association LACSY (Les Amis des Chimpanzés de Sanaga-Yong). Mais pour chaque chimpanzé accueilli dans l’un des sanctuaires répartis en Afrique, on estime que dix autres individus sont morts.

3. Maladies

Le chimpanzé est notre plus proche cousin. Malheureusement, il partage, à ce titre, un grand nombre de maladies avec nous. Les animaux sauvages n’étaient auparavant que très rarement en contact avec des virus ou bactéries responsables de maladies chez l’homme, leur système immunitaire n’est pas apte à combattre ces pathogènes. Le morcellement de l’habitat, la présence toujours plus proche des populations humaines rendent les risques de contacts et donc de transmission toujours plus importants. Certaines communautés ont été décimées par des épidémies de grippe, de pneumonie ou autres, toutes d’origine humaine. En Afrique Centrale, des populations de grands signes (gorilles en particulier) ont été quasiment éradiquées suite au passage du virus EBOLA.

La pollution aux pesticides : La spécialiste des grands singes Sabrina Krief alerte sur le grand nombre de chimpanzés porteurs d'une déformation de la face à Sebitoli, dans le parc national de Kibale, en Ouganda : ce pourrait être la conséquence d'une trop grande exposition aux pesticides... Narines disymétriques, absentes, lèvres tordues par un bec-de-lièvre. "Nous avons constaté ces déformations sur 16 des 66 chimpanzés que nous étudions à Sebitoli depuis 2008", confirme la vétérinaire, professeure au Muséum National d'Histoire Naturelle. Sebitoli a une particularité par rapport aux autres régions du parc national de Kibale : sa très grande proximité avec les installations humaines. En bordure, on trouve des exploitations industrielles de thé et d'eucalyptus et la forêt tropicale originelle ne correspond plus qu'à 14% de Sebitoli. On y trouve aussi autour des myriades de petits jardins où les habitants de la région cultivent leur nourriture, tout particulièrement du maïs. "Les caméras installés dans ces cultures vivrières montrent que les chimpanzés viennent de nuit chaparder du maïs pour se nourrir". La primatologue a donc décidé d'analyser des échantillons de maïs, les graines, les tiges, mais aussi la terre, l'eau des rivières et les poissons de l'habitat des chimpanzés de Sebitoli. Résultat des analyses : d'alarmantes quantités de pesticides ! Du DDT, le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré, ou encore de l'imidaclopride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes qui enrobe les grains de maïs que plantent les villageois. Ces substance agiraient comme des perturbateurs endocriniens qui affectent le développement facial in utero du bébé chimpanzé. "Nous suspectons également ces pesticides d'agir sur le cycle de la reproduction car certaines femelles n'ont pas de cycle sexuel", Cette situation est dramatique pour les grands singes, mais aussi pour les populations humaines qui vivent dans la région. Les scientifiques tentent actuellement d'analyser urines et selles des chimpanzés pour vérifier la présence de pesticides dans l'organisme des primates.

A l'initiative de Sabrina Krief, un travail de sensibilisation a commencé auprès des Ougandais pour expliquer que l'utilisation des pesticides a, pour tous, des conséquences dramatiques. L'équipe de SEBITOLI CHIMPANZEE PROJECT et de Kanhagi Estate travaillent aujourd'hui avec les communautés locales pour étendre des principes d'agroforesterie et d'agriculture biologique.


Pour conclure

Les chimpanzés sont tous des individus à part entière avec leur caractère, leur personnalité, leurs capacités d'adaptation et leurs stratégies propres. Depuis tous ces regards échangés avec eux, encore présents en nous comme si c'était hier, une certitude s'est imposée : nous devons absolument protéger, respecter, agir pour la protection de l'habitat et la préservation de ces extraordinaires primates !

Les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans vivent depuis des centaines de milliers d’années dans leur forêt, vivant des vies fantastiques, ne surpeuplant jamais, ne détruisant jamais la forêt. Je dirais qu’ils ont eu plus de succès que nous pour ce qui est d’être en harmonie avec l’environnement.”

Jane Goodall


Sources :

ECOLOGIE ET COMPORTEMENT SOCIAL DES CHIMPANZES DE LA FORET DE BUDONGO, OUGANDA par Vernon Reynolds

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/59092/LATERREETLAVIE_1964_2_155.pdf?sequence=1

PRIMATE INFO NET

Library and Information Service

National Primate Research Center, University of Wisconsin

http://pin.primate.wisc.edu/factsheets/entry/chimpanzee/behav

Hominidés.com

https://www.hominides.com/html/actualites/chimpanze-gestuelle-comportement-communication-0435.php

PROJET PRIMATES

Pour la protection des grands singes

(Projet Primates France est une association de loi 1901 créée pour venir en aide au Centre de Conservation pour Chimpanzés en Guinée et contribuer à la préservation des primates)

Science of the Total Environment et MNHN

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S004896971730949X

Sabrina Krief, vétérinaire, primatologue et professeure au Museum National d'Histoire Naturelle et Barbara Demeneix, professeure au MNHN

L'intégralité de cet article a été écrit par Véronique & Patrice QUILLARD pour Troisième Planète.

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