La Dame Lapone

Mis à jour : févr. 7

La grande et belle chouette lapone est à juste titre convoitée par les photographes animaliers et les ornithologues. Avec ses deux grands disques faciaux sur une énorme tête ronde et des yeux jaunes envoutants, elle a une place spéciale dans ma vie de résident Finlandais ! Elle est une des hôtes de la grande forêt boréale, aussi belle que rare et surtout fascinante.

© Arnaud Marchais

J’ai eu la chance de l’observer au repos maintes fois au cœur de l’hiver, souvent des heures entières sur son arbre, où elle est parfaitement camouflée par son plumage. Elle nous fait attendre le temps qu’il faudra pour saisir son envol, lorsqu’elle part en chasse !

En été, je l’ai vu couver puis nourrir ses petits dans un ballet quasi incessant d’aller et venu, dont les petits rongeurs font principalement les frais !


© Arnaud Marchais

Cette très grande chouette, la plus grande de toute, a la particularité de chasser de jour comme de nuit !

Telle un fantôme de la Taïga, l’une d’entre elle est un jour passée à un mètre au-dessus de ma tête dans un parfait silence. Ses deux grands disques lui servent de système d’écho détection redoutable, quelle que soit la luminosité.


© Arnaud Marchais

J’aime son nom latin, Strix nebulosa. Je l’ai toujours trouvé chargé d’une connotation poétique et redoutable à la fois, aussi étrange que sa tête capable de pivoter à 270° sur elle-même !

© Arnaud Marchais

La grande grise hante différents biotopes ici associés à la taïga, forêt mixte entrecoupée de clairières parfois naturelles ou bien créées par les coupes forestières. Elle fréquente aussi les zones de tourbières, nombreuses ici ou encore les champs en bordure d’habitation fermières, habitées ou abandonnées, où se réfugient les rongeurs, sa principale source de nourriture dans le Grand Nord.


© Arnaud Marchais

Les régions subarctiques et arctiques où elle réside sont des mondes difficiles, froids et bien plus pauvres en nourriture que les régions plus au sud. Si les rongeurs viennent à manquer, bien qu’elle soit sédentaire elle peut alors effectuer de petites migrations vers des zones méridionales où ses chances de survie seront augmentées.


© Arnaud Marchais

Mais véritablement sa vie, sa survie et celle des futures générations dépend principalement du niveau de rongeurs disponibles dont elle se nourrit quasi exclusivement à certaines périodes de l’année !


Il faut donc réaliser que même si elle peut parfois se saisir de lièvres, de rats musqués et même d’oiseaux qu’elle avale tout rond pour ensuite être régurgités sous forme de pelotes, sa vie est conditionnée par la présence d’une population saine de rongeurs.


© Arnaud Marchais

Certaines années ici en Finlande, sa population peut diminuer à quelques centaines de couples, ce qui au regard des gigantesques étendues sauvages encore présentes ici est vraiment très peu.


Mais la chouette lapone n’est pas le seul rapace de la famille des strigidés à se nourrir de rongeurs qui sont tout aussi nécessaires au régime alimentaire d’espèces plus méridionales ! Troisième planète vous encourage donc fortement à bannir l’utilisation de raticide chez vous ou autour de chez vous !


Ces anticoagulants mortels pour se débarrasser de quelques rongeurs estimés trop envahissants, ont des effets dévastateurs sur tous les prédateurs sauvages qui s’en nourrissent aux abords des habitations !

Le renard, évidemment, un autre prédateur nécrophage si l’occasion se présente, en sera aussi une victime par exemple. Mais sachez-le, nos propres animaux domestiques, chiens et chats peuvent ingurgiter un de ses rongeurs qui une fois digéré répandra son poison dans le système digestif puis sanguin de votre compagnon, entrainant la mort dans la plupart des cas.


En France comme ici en Finlande la bromadiolone fait des dégâts sur bien d’autres rapaces classés espèces menacées : chouette de l’Oural, Chouette épervière, chouette harfang, chouette naine etc…


© Arnaud Marchais

Rapport de la LPO ( France) sur le mois de Novembre 2011 en Auvergne :

« Parmi ces 22 oiseaux récemment victimes de la bromadiolone, la LPO a dénombré 14 milans royaux (Milvus milvus) et 8 buses variables (Buteo buteo), deux espèces protégées par la loi. Le milan royal est également classé comme espèce «Quasi menacée» sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La France abrite la deuxième population mondiale de milans royaux après l’Allemagne.


La bromadiolone, poison anticoagulant qui fait mourir par hémorragie interne les organismes qui en absorbent une dose létale, n’éradique pas uniquement les campagnols terrestres et autres rongeurs dits nuisibles.

Lorsqu’elle est épandue sur de vastes surfaces, son usage s’avère catastrophique puisqu’elle tue également les prédateurs naturels des campagnols (rapaces, hermines, renards), les oiseaux granivores, la faune chassable (sangliers, chevreuils, lièvres) et les animaux domestiques (chats et chiens)», rappelle Allain Bougrain Dubourg. »


Il existe des méthodes non toxiques, tout aussi létales pour vous débarrasser des rongeurs trop envahissants, comme la classique tapette à souris. Vous pouvez aussi utiliser des pièges disponibles dans le commerce, pour les capturer vivants et les relâcher dans la nature. Ils iront ainsi nourrir nos rapaces sans les empoisonner.

Je vous conseille par contre d’aller relâcher vos souris assez loin de votre domicile, plusieurs centaines de mètres en zone naturelle ! Croyez-moi ces petites bêtes ont un sacré sens de l’orientation ! Avec mon fils, en mettant un petit peu de peinture blanche à l’eau sur le crâne de l’une d’entre elle, nous l’avons à nouveau capturée dans notre vielle bâtisse du Lot & Garonne, après l’avoir relâchée dans le champ voisin.


POUR NE PLUS UTILISER DE RATICIDE, voici des liens utiles où vous fournir de pièges non létaux, qui protègent donc les prédateurs qui se nourrissent des rongeurs.


https://lesnuisibles.com/piege-a-souris-non-mortel/


Mais aussi « Comment construire son propre piège a souris ? », ateliers éducatif avec les enfants, en famille ou à l’école :

https://aqeipsguide.org/Costruire-una-Trappola-per-Topi-Non-Mortale-8363


Voilà comment, de la grande chouette lapone au fond de la taïga lapone jusqu’à nos propres domiciles en France, nous pouvons agir et protéger, sensibiliser autour de nous, tout en nous émerveillant de la beauté fragile de ces maîtres des airs. Ils sont indispensables à nos vies et à l’équilibre de notre patrimoine sauvage !

© Arnaud Marchais

Texte et photos Arnaud MARCHAIS, photographe et Président de Troisième Planète.

Le suivre sur Facebook

409 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout