Comment les arbres peuvent-ils nous sauver ?

Dernière mise à jour : janv. 18



S’il y a un arbre qui résume bien l’extraordinaire biodiversité de cette grande famille végétale, c’est bien le Baobab. Cet arbre sacré, mythique, imposant, symbole parmi tant d’autres d’une véritable intelligence végétale symbiotique avec le règne animal et son environnement, disparaît pourtant avec tant d’autre espèces, dans une indifférence quasi généralisée ! Et pourtant…

Comment, autrement que par une extraordinaire intelligence végétale adaptative et « volontaire », expliquer que le baobab attire avec ses fleurs inversées à floraison nocturne rapide et unique les chauves-souris Roussette pour venir le polliniser ?

Avec des fleurs blanches puisque de toute façon les chauves-souris nocturne ne voit pas les couleurs. A quoi bon se fatiguer à colorer ses fleurs pour les rendre attirantes ? Fleurs qui éclosent 45 petites minutes, imitent les phéromones féminines de la chauve-souris pendant que les mâles viennent donc eux, et uniquement eux, polliniser cet arbre millénaire capable de survivre des mois sans eaux et vivre des millénaires !

Aujourd’hui, nous vivons à côté des arbres et cette intelligence, mais nous avons perdu toute la compréhension de leur intérêt, si ce n'est à travers l’exploitation forestière ou le défrichement ! Sauvons les arbres car ils peuvent véritablement nous sauver eux aussi.


Oui, mais comment ?


Tout d'abord l’humanité dans son ensemble et chacun des individus qui la composent doit bien comprendre que nous ne pouvons plus nous permettre de perdre de nouvelles forêts !

On le sait, les arbres sont des dons de la nature et un élément essentiel de la biosphère qui abrite toute les formes de vie sur Terre. Non seulement ils absorbent le CO2 déjà émis dans l'atmosphère, mais en plus ils produisent de l'oxygène.

Et si la réponse la plus fiable à la pollution de l'air était une reforestation massive ?

C'est en tout cas ce qu'affirme une étude signée de Jean-Francois Bastin et Thomas Crowther, professeurs à l'école polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), publiée en juillet 2019 dans la revue scientifique Science.

« Cela pourrait permettre de relever les deux plus grands défis de notre époque : le changement climatique et la perte de la biodiversité », se réjouit Thomas Crowther.



Rencensement des arbres sur la planète :


En combinant les observations par satellite aux données collectées sur le terrain, des scientifiques de 15 pays ont uni leurs efforts, sous la direction d'une équipe de l'université de Yale, pour compter les arbres sur Terre.

Au lieu de 400 milliards d'arbres, selon une précédente estimation, il y en aurait en réalité sept fois plus : 3.000 milliards ! Malheureusement la déforestation en supprime 15 milliards chaque année. Pour les chercheurs, la Terre en portait 6.600 milliards il y a 12.000 ans.

Ils ont bien sûr utilisé les images satellites mais elles ne suffisent pas pour obtenir la meilleure précision possible puisqu'elles ne montrent pas les individus isolément.

L'évaluation effectuée ensuite dépend de la nature de la forêt et même des techniques de comptage qui varient d'un pays à l'autre. Elles conduirait à une répartition de presque 389 arbres par Terrien, selon l'estimation de la population terrestre qui compte environ 7,7 milliards d'individus à ce jour.

Les disparités régionales sont bien sûr importantes. Les forêts boréales d'Amérique du Nord, de Russie et de Scandinavie présentent les plus fortes densités et comptent 750 milliards d’arbres, soit 24 % du total. Dans les régions tropicales et subtropicales, les surfaces boisées, moins denses mais bien plus vastes, en abritent 1.300 milliards (43 %).

Globalement, affirment-ils, la déforestation retire 15 milliards d'arbres par an sur la Terre. Selon eux, il y a douze mille ans, avant que l'humanité ne se lance dans l'agriculture et l'urbanisation, la planète portait 6.600 milliards d'arbres. Il en reste aujourd'hui 46 %.


Rôle des arbres sur la planète :

Les arbres sont notre meilleure arme pour lutter contre le changement climatique, grâce à leur capacité de stockage du CO2. À condition d'en planter... beaucoup !



Des chercheurs suisses ont calculé le nombre d'arbres que l'on pourrait ajouter sur la planète et ont estimé que ces derniers pourraient réduire de 25 % le niveau de CO2 dans l'atmosphère. Un objectif qui se heurte cependant à de nombreux obstacles.

Pour réduire le réchauffement climatique, il faudrait planter 1.200 milliards d’arbres !

En excluant les surfaces déjà recouvertes de forêt ou utilisées pour l'agriculture et les villes, les scientifiques ont déterminé combien d'arbres additionnels pourraient être plantés et en sont arrivés à 0,9 milliard d'hectares, soit 1.000 milliards d'arbres et l'équivalent de la superficie des États-Unis. Ces arbres pourraient alors capturer 205 gigatonnes de CO2 dans les prochaines décennies, cinq fois la quantité émise en 2018 dans le monde et les deux tiers de tout ce que l'Homme a généré depuis la révolution industrielle.

« Si nous plantions ces arbres aujourd'hui, le niveau de CO2 dans l’atmosphère pourrait être diminué de 25 % », indique Jean-Francois Bastin, l'auteur principal de l'étude.

La moitié du potentiel de reforestation se situe dans six pays seulement : Russie (151 millions d'hectares), États-Unis (103 millions), Canada (78 millions), Australie (58 millions), Brésil et Chine. Et pour les auteurs, il n'y a pas de temps à perdre !

"Cela va prendre des décennies avant que les arbres ne soient matures et atteignent leur potentiel de stockage", explique Thomas Crowther. "80 % du potentiel de stockage sera ainsi atteint d'ici 30 ans, les 20 % restant dans les 30 années suivantes, étant donné que les arbres jeunes sont plus efficaces pour stocker le CO2"


Mais avant de planter des forêts, arrêtons déjà de les détruire :

Les "poumons de la planète" étouffent. Au lieu d’absorber les gaz qui réchauffent le climat, les forêts tropicales du monde commencent à les libérer.

Ces résultats sont en ligne dans le dernier rapport du Giec, qui préconise de planter un milliard d'hectares de forêt afin de limiter le réchauffement à 1,5 °C d'ici 2050. Mais pour certains scientifiques, planter massivement des arbres n'est pas forcément la panacée.

« Contre le changement climatique, la meilleure solution est d'arrêter de brûler des énergies fossiles », rappelle Myles Allen, spécialiste du climat à l'université d'Oxford et qui a participé au rapport du Giec.

Avant de planter des arbres, il faudrait surtout songer à protéger les forêts existantes. D'après l'étude de 2015 de Thomas Crowther, 15 milliards d'arbres disparaissent chaque année et il ne reste plus que 46 % des arbres que la Terre comptait avant que l'humanité ne se lance dans l'agriculture il y a 12.000 ans (la planète a donc tendance à se verdir, mais surtout en raison de l'augmentation des surfaces cultivées).


· Déforestation des forêts primaires les plus riche, l’exemple du Brésil :

Pour la seule forêt de l’Amazonie brésilienne c'est 8 000 km² de forêt qui ont disparu en 2016, soit l’équivalent de 1 120 448 terrains de football en une année.

La sécheresse et la déforestation font bondir de 83 % le nombre d’incendies.

Entre janvier et août 2019, 72 843 départs de feu ont été enregistrés dans le pays, notamment dans la forêt amazonienne, contre 39 759 sur la totalité de l’année 2018, selon des chiffres de l’Institut national de recherche spatiale (INPE). Cette augmentation fait suite à deux années consécutives de baisse et il s’agit d’un record à la hausse depuis 2013, toujours selon l’INPE, qui utilise des données par satellite actualisées en temps réel.


Les feux en Amazonie sont notamment provoqués par les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d’élevage, ou pour nettoyer des zones déjà déforestés, généralement pendant la saison sèche qui s’achève dans deux mois.

l’INPE indique que la déforestation en juillet a été quasiment quatre fois supérieure au même mois de 2018. Ces chiffres ont évidemment été remis en cause par le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, féroce critique des politiques de protection de l’environnement, qui a limogé Ricardo Galvao, directeur de cet institut, l’accusant de mentir et de nuire à l’image du Brésil.

· Déforestation et élevage :


A l’échelle mondiale, l’élevage de bétail est pratiqué de telle manière qu’il exerce une pression trop forte sur l’environnement : il dérègle le climat (au moins 14% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont causées par ce secteur, d'après la FAO), pollue les nappes phréatiques et s’approprie des terres au détriment des forêts ou des cultures destinées à la consommation humaine.

C'est de loin le secteur le plus grand consommateur de surface terrestre et le principal responsable de la déforestation.

Environ 70 % de l’espace agricole du monde est utilisé pour le pâturage ou la production d’aliments destinés aux animaux d’élevage. La mobilisation de cet espace se fait en grande partie par la conversion des forêts.

91 % de la surface aujourd’hui détruite de forêt amazonienne l’est pour libérer de l’espace néces